En marche pour la Vie

Ma(l)chance

Je m’appelle Lucie, j’ai 27 ans. L’histoire que vous venez de visionner, c’est la mienne. À 24 ans, je travaille depuis quelques mois dans une agence immobilière, tout se passe bien, je suis heureuse dans ma vie professionnelle comme dans ma vie perso : je suis en couple avec Sébastien depuis un an et demi et malgré quelques sujets de discorde qui reviennent régulièrement sur le tapis, je suis très amoureuse de lui.

Étant d’une nature tête en l’air et optimiste – “naïve” diraient certains -, je ne suis pas très consciencieuse au niveau de ma prise de pilule. Il m’arrive de la prendre avec quelques heures de décalage lorsque je sors tard le soir. Mais “il y a peu de chances que je tombe enceinte !! Ce serait vraiment pas de bol !”

Le samedi 28 juin 2014, Sébastien part chez ses parents pour le week-end. Il est autour de 9h30 lorsque je passe à la pharmacie pour acheter un test de grossesse. En effet, je n’ai pas eu mes règles depuis 2 mois. Je ne suis pas très inquiète puisque j’ai toujours eu des cycles irréguliers – même sous pilule – mais je désire être complètement rassurée.

Arrivée chez moi, je déballe mon acquisition “Allez hop un petit test anti-stress et j’embraye avec le ménage de la salle de bain !” Je fais mon affaire ; en attendant le résultat du test j’en profite pour me faire couler un bain “le ménage attendra demain…”

Les 5 minutes défilent. Je regarde : deux barres bien distinctes s’affichent. Je vérifie la notice : Deux barres… deux barres, ça veut dire quoi… Ça veut dire que… Ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi ?? Ça veut dire enceinte… Quoi ? Non il y a une erreur, c’est impossible. Non, non, non, je suis fatiguée, j’ai mal regardé ! Je vérifie cinq, dix, vingt fois. Le verdict est sans appel : je suis enceinte.

Une peur panique me gagne, un visage apparaît dans le miroir en face de moi, un visage défait, crispé, et endolori. J’ai du mal à croire que c’est moi. Ma vie s’échappe entre mes doigts ne laissant qu’une traînée d’angoisse. Je ne contrôle plus rien, les larmes coulent sur mes joues et je me vois ouvrir la bouche pour crier, sans qu’aucun son n’en sorte.

Mon âme fissurée est prisonnière d’un corps refusant cette situation ; je me sens trahie et perdue.

J’ai si peur… Je suis seule… Non je ne veux pas être enceinte !!! Enlevez-moi ça j’en veux pas ! J’ai jamais voulu ça ! Je viens de commencer ma carrière, je n’ai que 24 ans et je sais que mon copain ne voudra pas de cet enfant. Car même si une part de moi-même ne veut pas l’admettre, je dois me rendre à l’évidence : une vie se développe en moi, que je le veuille ou non.

J’appelle Sébastien pour lui annoncer. Aussi choqué que moi, il finit par me dire “Tu sais ce qu’il te reste à faire. Tu as pris rendez-vous pour avorter ?”

Mais je ne veux pas avorter…. Je ne veux pas être enceinte et je ne veux pas avorter, aidez-moi !! Je sais qu’il me quittera si je lui dis que je préfère le garder, je ne veux pas le perdre, je l’aime… alors j’essaye de fermer mon coeur.

Le trop plein d’émotions contradictoires, de questionnements incessants fait soudain place à un vide abyssal. Plus rien – extinction des feux – coupure de courant – noir complet

Tout s’enchaîne et je me sens comme spectatrice de ma propre vie. Ma meilleure amie m’emmène faire la prise de sang qui confirme le résultat du test. Rendez-vous chez le gynéco, je suis enceinte de 11 semaines. J’entends un petit coeur qui bat à l’échographie. “C’est une grossesse non désirée ?” J’articule un léger “oui” des larmes plein les yeux. Imperturbable, le médecin reprend “Nous pouvons programmer l’IVG à demain 10h30, il n’y a pas de temps à perdre”.

Ce ton procédurier me frappe en plein coeur comme un coup de poignard. Je hurle en moi-même “C’est tout ?? On prend rendez-vous, on tue mon bébé et basta ?! Vous trouvez ça normal ?! Il y a un coeur qui bat là et tout le monde s’en fout ??” Je prends conscience que ce bébé, je veux le garder…

Aujourd’hui Théo a 4 ans et il est mon bien le plus précieux sur cette Terre. Je l’aime de tout mon coeur de mère. Evidemment ça n’a pas été facile, loin de là ; Sébastien m’a quittée quand il a compris que je garderai cet enfant quoiqu’il arrive, mais il a fini par le reconnaître et nous sommes aujourd’hui en bons termes. Mes parents m’ont épaulée même si ça a été très douloureux pour eux de me voir dans cette situation.

Une lumière a brillé dans la nuit de cette épreuve

J’étais à deux doigts d’avorter, ma détresse était tellement intense… Je ne saurais expliquer exactement ce qui m’a poussée à stopper la démarche d’avortement et je me sens incroyablement chanceuse d’avoir échappé à la souffrance intolérable qui accable les femmes subissant une IVG.

Le bonheur qui m’emplit lorsque je pose mon regard sur cet enfant qui aurait pu ne jamais voir le jour me donne envie de faire mémoire de cette grâce qui m’a poussée à choisir la vie ce jour là. Je veux proclamer haut et fort que la vie est une chance et que, malgré les épreuves engendrées par la venue d’un enfant non attendu, nous sommes assez fortes pour honorer ce pari.

Je serai à La Marche Pour la Vie le 21 janvier 2018 pour soutenir toutes les femmes qui n’ont pas eu ma chance et dont la souffrance n’est pas reconnue. Celles qui n’ont pas eu le temps de réfléchir, prises dans l’engrenage des pressions extérieures et du stress de la surprise, et qui le regrettent terriblement. Je veux leur dire que, même si elles ne peuvent pas revenir en arrière et que le pardon à soi-même est un processus long, elles ne sont plus seules et elles y arriveront. La vie triomphe toujours.